Une Italie eurosceptique

Eurosceptique

 Il y a quelques mois, Matteo Salvini promettait d’envoyer à Bruxelles un commissaire  eurosceptique qui détruirait la Commission de l’intérieur.

Giuseppe Conte
Wikipedia

Dans une lettre du 18 juillet au directeur du quotidien La Repubblica, le président du Conseil italien Giuseppe Conte, écrit « J’ai soutenu l’élection de VDL à la présidence de la Commission du fait de ses qualités personnelles et politiques et parce que ce soutien aurait permis à l’Italie d’obtenir un important portefeuille économique spécialement celui de la concurrence que j’avais sollicité, cela aurait pu offrir de bonnes perspectives pour l’Italie en ce qui concerne d’autres nominations. ». Plus loin il rappelle qu’il y avait accord entre les partis de la majorité pour soutenir l’élection de VDL. Constatant que la Lega n’a pas suivi cette voie, il s’avère incapable d’en tirer les conséquences mais laisse entendre qu’il serait difficile de proposer un commissaire membre de la Lega !

À ceci Salvini répond dans un tweet « Depuis deux jours les 5 étoiles et la gauche gouvernent ensemble, pour le moment à Bruxelles. Ils trahissent le vote des Italiens qui veulent le changement et ont voté pour la présidente choisie par Merkel et Macron avec Renzi et Berlusconi »

Cependant le président du Parlement David Sassoli  qui a remplacé Antonio Tajani (un Italien de gauche a remplacé un Italie de droite) rappelle que le candidat italien devrait respecter le programme de la présidente ce qui excluait un souverainiste ou un populiste.

Division sur l’Europe

Des analystes estiment que le sujet européen pourrait provoquer la chute du gouvernement et de nouvelles élections en septembre… à suivre.

La nomination d’Ursula von der Leyen provoque une nouvelle crise en Italie

 

Août 2019

La Ligue et le Mouvement 5 Etoiles continuent de s’affronter. Les électeurs estiment  que le gouvernement est au bout du rouleau et qu’il vaut mieux aller voter. C’est le résultat  du dernier sondage conduit la semaine dernière par Winpoll.  En effet, 72% des Italiens sont favorables à des élections anticipées plutôt que de continuer avec ce gouvernement. C’est une opinion partagée, sauf pour les électeurs du Mouvement 5 Etoiles qui souhaitent à 88% la poursuite de l’actuel gouvernement. Concernant les rapports de force, la Ligue culmine à 39%, malgré le scandale des financements russes. Le Parti Démocrate vient ensuite avec 23% et le Mouvement 5 Etoiles 15%. Fratelli d’Italia est en hausse, devançant Forza Italia de Berlusconi en chute libre et qui vient de mettre au placard des fidèles dont la fidèle Mara Carfagna.

Croissance décevante

Lors de la mise en place du nouveau gouvernement un taux de croissance proche de 2% avait été prévu pour financer les dépenses nouvelles impliquées par les promesses électorales. L’ISTAT (Institut de statistique), la Banque centrale italienne et des think-tanks nationaux avaient émis de sérieux doutes sur la faisabilité d’une telle prouesse, également contestée par le FMI et les services de la Commission. Luigi di Maio avait répliqué “ce ne sont pas les technocrates qui déterminent le taux de croissance, c’est le peuple“.

Le 31 janvier, les statistiques sont tombées  pour le deuxième trimestre consécutif, l’Italie est en récession. Le commissaire européen Valdis Dombrovskis a déclaré que c’était ce à quoi on pouvait s’attendre lorsqu’on provoquait l’incertitude pour les entreprises et les comptes publics.

A la fin du premier semestre 2019, les statistiques régionales montraient que le fossé entre le Nord et le Sud recommençait à se creuser.  (Svimez)

Discours de fin d’année

C’est un magnifique discours que le chef de l’Etat avait adressé à ses compatriotes pour la nouvelle année avec des messages peu voilés à la majorité au pouvoir. Si nous trouvons une traduction française nous la mettrons à votre disposition.

En décembre 2018.

Finalement il y a eu accord entre l’Italie et les services de la Commission pour ramener le déficit 2019 à 2,04%, immédiatement le taux de spread a baissé. Cela signifie aussi qu’un certain nombre de promesses intenables faites pendant et après les élections vont être abandonnées ou différées. Il faut dire aussi que l’Italie est aidée par la situation françaises car le déficit de la France sera (sauf miracle) nettement plus élevé que celui de l’Italie. Ce qui inspire à Matteo Salvini cette réflexion attachante qui, en d’autres temps, aurait provoqué un rappel de l’ambassadeur :

Il serait incroyable que l’on nous infligeât une procédure à un moment où Macron, président provisoire des Français, porte Paris à plus de 3%“.

La loi de finance a été votée in extremis à la veille du nouvel an, selon Gianni Trovati du grand quotidien économique Il Sole 24 Ore, elle signifie, plus d’impôts, moins d’investissements et mise en cause de la croissance.

Salvini s’est rendu en Pologne le 9 janvier pour rencontrer Kaczynski et mettre au point la stratégie de constitution du groupe souverainiste au Parlement européen.

L’impossible budget 2019

Voir article de Elie Cohen dans Telos “L’impossible équation italienne

La réponse du gouvernement italien à la notification de rejet du budget par la Commission.

M. Giannini commente l’histoire dans La Repubblica

 « La recherche de l’ennemi parfait » : « Mais oui, il a raison le ministre Tria : ‘’ Le taux de croissance n’est pas négociable  et donc nous défendons cette ligne de 1,5 % jusqu’à la mort ‘’. Ce chiffre est considéré comme « fou » par la Commission UE, le FMI, la BCE, les agences de rating, la Banque d’Italie, l’Istat, la Cour des Comptes, les marchés financiers et les marchés des quartiers. Mais les deux « jumeaux du déficit », Salvini et Di Maio, répondent méprisants ‘’ Je m’en fous ‘’. Et donc la réponse à Bruxelles est claire : le budget ne changera pas. Cette loi de finances est une soupe tiède qui ne s’adresse pas aux classes productives et qui ne donne rien aux jeunes, mais Salvini et Di Maio sont en train de l’utiliser pour rompre avec Bruxelles. Dans la course aux élections de printemps, l’Europe technocratique sera l’ennemi parfait de l’Italie souverainiste».

Le ministre autrichien des Finances Hartwig Loeger  a déclaré qu’il fallait contraindre l’Italie à respecter les engagements car un déficit excessif n’est pas un problème interne de l’Italie mais un problème européen. Le ministre néerlandais des Finances Wopke Hoekstra a tenu un langage identique en disant qu’il revenait à la Commission de mettre en place les dispositions prévues par les traités. 

En définitive la procédure pour déficit excessif a été suspendue au printemps 2019

 

Eurosceptique et bouc émissaire

Dans les heures qui avaient suivi la catastrophe de Gênes, Matteo Salvini avait mis en cause la Commission européenne dont la rigueur budgétaire n’aurait pas permis les investissements nécessaires pas plus que de mettre les écoles aux normes de sécurité. Pour le responsable de la Lega, “le respect des normes budgétaires ne l’emporte pas sur la sécurité des Italiens”. De son côté Luigi di Maio s’en est pris aux camions polonais surchargés.

En régime populiste, le dogme de l’infaillibilité populaire exige, quand les choses vont mal, la désignation d’un bouc émissaire extérieur au système, d’où est censé venir tout le mal. Aujourd’hui, dans l’ensemble de l’Europe, ce sont les institutions européennes qui jouent ce rôle.

(Jacques Julliard Populisme, Europe et démocratie. Le Figaro 3 juin 2018)

Par respect pour les victimes, la Commission avait attendu le jeudi 16 pour rappeler quelques vérités.

La commission européenne rappellait que de 2014 à 2020, l’Italie avait reçu et recevra 2,5 milliards d’euros pour ses infrastructures. En outre, en avril dernier, la Commission avait approuvé un plan de modernisation des autoroutes du pays d’une valeur de 8,5 milliards d’euros, y compris dans la région de Gênes. L’Italie pourra par ailleurs profiter du plan de stabilité et de croissance qui autorise plus de dépenses pour les investissements.

La Commission aurait pu ajouter que certaines années, des fonds structurels prévus pour l’Italie n’avaient pas été utilisés faute de demandes, comme le rappelait en février 2018, le quotidien économique Il Sole 24 Ore.

Un pays eurosceptique… pas certain

Eurosceptique pays de Spinelli, de Giorgio Napolitano, de Romano Prodi, de Laura Boldrini , d’Emma Bonino et de combien d’autres ! Depuis plusieurs années, un éloignement se produit entre l’Italie et la construction européenne, éloignement causé par les difficultés économiques du pays et le relatif abandon dans lequel il a été laissé dans la crise des réfugiés.

Le Parlement  italien issu des élections de mars 2018 débouche sur un pouvoir politique eurosceptique qui a du mal à définir une politique claire  et indispose ses partenaires. Les diatribes entre Matteo Salvini et Emmanuel Macron font régulièrement la une de la presse.

Remarquons tout de même que l’eurosceptique Paolo Savona  que le Président de la République avait refusé comme ministre des finances a été nommé aux Affaires européennes où il a pratiquement fait un virage à 180° sur l’euro et les dossiers européens en général.

L’alliance rouges bruns italienne ne devrait surprendre personne par Yaschka Mounk. Ce très jeune professeur de Harvard a publié un livre dont la traduction française vient de sortir Le peuple contre la démocratie Editions de l’Observatoire Paris 2018

Voir article du professeur Marc Lazar : L’Italie vers la peuplocratie ? 

Egalement dans Entretien d’Europe n°98 de la Fondation Robert Schuman

Voir cette vidéo : sur une plage des militants de la Lega se transforment en milice pour faire la chasse aux Africains qui vendent des babioles mais il se font prendre à partie par les vacanciers qui les traitent de fascistes.

Des sondages encourageants

Le quotidien La Repubblica dans son édition du 22 septembre publie un article d’Ilvo Diamanti commentant un sondage montrant un retour de confiance envers l’Union européenne. Depuis le mois de mai, on retrouve les niveaux de 2010. Ce retour est particulièrement fort chez les partisans du Parti démocrate (67%) et chez les moins de trente ans (60%) .  Quant à la sortie de l’euro elle ne recueille que 25% d’opinions favorables avec 6% chez les électeurs du Parti démocrate mais 47% chez ceux du parti de Berlusconi (Forza Italia).

Le politologue italien a publié avec Marc Lazar chez Laterza
Popolocrazia. La metamorfosi delle nostre democrazie dont une traduction française devrait sortir début 2019. Il observe que les Italiens sont plus euro-cyniques que euro-sceptiques, il peuvent exprimer une certaine défiance entre l’union européenne mais dès qu’il s’agit de leur portefeuille les Italiens ne souhaitent pas le retour à la “liretta”, dévaluée à intervalles réguliers. On observe que les partisans de l’abandon de l’euro ne donnent guère de la voix dans le nouveau pouvoir. C’est une situation comparable à la situation française où le Front national avait  renoncé à mettre en avant un programme de sortie de l’euro majoritairement rejetée par ses propres électeurs.

Il faut donc que se constitue rapidement une force européiste pour affronter l’européenne des eurosceptiques, tel est le message d’Eugenio Scalfari dans La Repubblica du 23 septembre.

Sondage publié le 1er novembre dans La Repubblica

Voir :  A la frontière autrichienne

Il faut révérer les anciens qui vous inspirent, Salvini et l’anniversaire de Mussolini.

Suivant plusieurs incidents visant des personnes d’origine africaine, la presse européenne se demande si l’Italie est devenu raciste.

Une démographie préoccupante

Suicide démographique. Pour la troisième année consécutive, la population italienne diminue. Pour les Italiens d’origine, la diminution est de 251.537 individus ce qui n’est pas compensé par l’immigration. Il y a près de 5 millions d’étrangers en Italie dont 23,1% sont des Roumains, suivi par les Albanais (8,6%). De ces données ont peut affirmer que le vieillissement de la population s’aggrave, l’Italie est le pays le plus vieux du monde après le Japon. Ce facteur explique en grande partie le désarroi politique actuel.  dans une telle situation pose une question fondamentale : le prélèvement auquel il faut procéder sur les actifs pour faire vivre une population aussi déséquilibrée est-il compatible avec la démocratie et la paix sociale ?

Une étude parue début décembre 2018 montre qu’un jeune diplômé italien gagne 66% de moins qu’un jeune diplômé allemand et 25% qu’un jeune diplômé français. Voilà qui explique une migration de cerveaux dans un pays à la démographie problématique.

 

Comprendre le mouvement 5 étoiles

Information

L’Ambassade de France en Italie publie chaque matin de jour ouvrable une excellente revue de presse en français. Pour la recevoir gratuitement, il suffit d’en faire la demande

 

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