Les démocratures

Populisme, élitisme etc..

Illibéral. Le petit Larousse définit démocrature comme une démocratie dirigée de façon autoritaire ce qui nous renvoie à la célèbre observation de l’historien Jacques Julliard “L’élitisme c’est la démocratie sans le peuple, le populisme, c’est le peuple sans la démocratie“.

Article de Andreas Pantazapoulos dans Telos  “Pas de populisme sans nationalisme”

Le politologue Dominique Reynié, bien connu des téléspectateurs, nous explique dans plusieurs de ses ouvrages comme Où va la démocratie ? – Une enquête internationale de la Fondation pour l’innovation politique le pourquoi et le comment de ces évolutions qui semblent s’amplifier à quelques mois des prochaines élections européennes.


Une autre vidéo intéressante de Jan-Werner Müller, professeur à Princeton.


Le groupe illibéral de Visegrád

Le groupe de Visegrád trouve son origine historique dans une rencontre entre les rois de Bohême, de Hongrie et de Pologne, en 1335, dans la ville hongroise de Visegrád (à ne pas confondre avec la ville bosnienne de Višegrad).

Le 15 février 1991, Václav Havel pour la République Tchèque, Lech Wałęsa pour la Pologne, József Antall pour la Hongrie se réunissent pour intensifier la coopération entre les trois Etats.  Leur objectif consiste à travailler ensemble pour éliminer les traces communistes dans les pays de l’Europe centrale, de faire face aux animosités historiques entre les pays et de promouvoir un développement économique et social associé à l’intégration européenne.

Jacques Rupnik écrit dans la revue Commentaire de l’hiver 2017-2018

Un quart de siècle plus tard, force est de constater que les deux éléments et surtout leur complémentarité furent remis en cause. Entre « démocratie illibérale » et crispation identitaire face à la vague migratoire, la dérive autoritaire et souverainiste en Europe centrale révèle une cassure au sein de l’Union européenne.”

Un film de 52 minutes sur la chaîne Arte.

La Hongrie

Viktor Orban
Photo : Parlement européen

Dirigée par Viktor Orbán à la tête du parti Fidesz (Union civique hongroise) le pays est à la tête d’un type de démocratie dite illibérale qui veut s’instituer en exemple pour les autres pays européens.  Le parti s’estime à l’avant-garde de la contre-révolution culturelle et exprime le sentiment d’être l’avenir de l’Europe après avoir reçu un message selon lequel l’Europe était l’avenir de la Hongrie.

« Une nouvelle ère frappe à la porte. Une nouvelle ère de la pensée politique, car les gens veulent des sociétés démocratiques et non des sociétés ouvertes. » (Viktor Orban 28 janvier 2017)

Aujourd’hui, la souveraineté populaire invoquée contre la séparation des pouvoirs à Budapest ou Varsovie va de pair avec l’affirmation de la souveraineté nationale contre les ingérences de l’UE, qu’il s’agisse de remontrances sur les atteintes à l’État de droit ou de l’imposition de quotas de migrants“.

Février 2019

Le dimanche 10 février, Viktor Orbán a prononcé son discours sur l’état de la nation. Il s’est particulièrement concentré sur l’état de la démographie.

Il a affirmé que le pays n’avait pas besoin d’immigrés mais d’enfants hongrois. Les femmes se mariant avant l’âge de 40 ans recevront un prêt de 10 millions de forint (environ 31.500 euros) dont un tiers se transformera en don à la naissance du second enfant le reste étant non remboursable  à la naissance du troisième et enfin les mères de quatre enfants seront exemptées à vie de l’impôt sur le revenu.  (Source : Politico)

La Hongrie et l’article 7

Morano-Orban
Selfie Nadine Morano

Le Fidesz a été suspendu de son appartenance au PPE par une majorité de partis membres de ce parti européen. Notons que Les Republicains tant par la voix de leur président Laurent Wauquiez que celle de leur chef de file aux élection européennes, François-Xavier Bellamy, restent fidèles à Viktor Orban.

La Pologne

Les libéraux de la Plateforme civique en Pologne n’ont pas perdu les élections (en 2015) à cause de l’économie (qui se porte plutôt bien), mais parce qu’ils n’avaient plus de projet collectif à proposer, alors que leurs adversaires du PiS (« Droit et Justice » qui bafouent le droit au nom de la justice) en avaient un : le retour à la nation et aux valeurs de l’Église. La Première ministre sortante Ewa Kopacz, a reconnu sa défaite, tout en déclarant que son parti « n’avait pas perdu ces huit dernières années “. « La Pologne est un pays qui progresse du point de vue économique, où le chômage est à un chiffre. C’est dans cet état que nous laissons la Pologne à ceux qui ont remporté les élections aujourd’hui“.

Parmi les anciens dirigeants polonais il faut citer Donald Tusk, président du Conseil européen, réélu par le Conseil contre l’avis de son gouvernement !

Depuis cette époque, la Pologne illustre un système illibéral qui met en danger les libertés publiques, l’indépendance de la justice et de l’information. Le vrai dirigeant du pays est Jarosław Kaczyński qui a accumulé les mesures mettant en cause l’état de droit et les dispositions des traités européens.

 

Voir sur ce point l’étude de la Fondation Schuman  Question d’Europe n°451.

Cette étude ne faisait qu’évoquer le déclenchement de l’article 7 qui a été effectivement mis en oeuvre le 20 décembre suite à un rapport du vice-président de la Commission Frans Timmermans. En tout état de cause cette initiative sera sans effet car les sanctions éventuelles doivent être adoptées à l’unanimité (membre concerné exclu bien entendu).

Cependant cette situation met le PiS en difficulté. Le parti au pouvoir tente de se rapprocher du PPE car ses députés européens siègent dans le groupe des Conservateurs et Réformateurs européens qui va être décimé par le départ des Britanniques, il n’est même pas certain que ce groupe puisse survivre. Donc rejoindre le PPE serait une garantie, même si l’expérience hongroise démontre que l’appartenance au PPE ne protège pas nécessairement d’un vote du Parlement en faveur d’un recours à l’article 7 pour viol de l’état de droit.

Les Etats-Unis se servent de la Pologne pour diviser l’Union européenne 

La Pologne pour l’Europe des Etats.

Une modification opportune du mode de scrutin ?

La politique europhobe et illibérale du PiS soulève cependant des oppositions comme le montre cette manifestation pour le maintien de la Pologne dans l’Europe

Au final une sorte de course de vitesse entre l’unification des marchés et la fragmentation de la scène politique s’est mise en place, au niveau mondial comme au niveau de l’Union européenne. Entre l’interdépendance économique et la violence déstabilisatrice des rapports de force, il est à craindre que la seconde ne l’emporte.” (Nicole Gnesotto  Où va le monde Odile Jacob Paris 2017).

Vent contraire ?

Dans un article du The Guardian du 22 novembre Nathalie Nougayrède estime que la vague populiste en Europe de l’Est est peut-être en train de refluer. Les jeunes ont tout de même appris ce qu’était un régime autoritaire.

A consulter.

Comme pour illustrer les propos de Nathalie Nougayrède, le samedi 30 mars 2019, les Slovaques ont élu Zuzana Caputova, présidente de leur pays. ¨Première femme à occuper de poste, championne de la lutte contre la corruption et pour l’environnement, européenne convaincue. Si le pays reste dans le groupe de Visegrad, il fera entendre une voix différente.

illibérale-up

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